Demiclowns
redonnent leur identité aux patients atteints de démence

Depuis 2013, les dramathérapeutes Lara Debeuf et Lore Dhaenens travaillent dans les maisons de soins flamandes sous la forme d’un duo de clowns – Stoetel et Fizzie Lizzie. Non pas pour offrir à leurs résidents déments une après-midi ludique sans plus, mais bien pour leur offrir une aide psychique ciblée. L’efficacité de l’approche de la Demiclowns vzw ressort non seulement de leur propre expérience, mais aussi d’une étude scientifique récente.

Lara et Lore se sont rencontrées pendant leur formation de dramathérapeute à l’Arteveldehogeschool de Gand. “Nous avions toutes les deux une grand-mère qui souffrait de démence et nous avons découvert qu’il n’y avait que peu de dramathérapeutes qui proposaient leurs services à ce groupe cible”, explique Lara. “De plus, nous avions constaté que dans les soins aux patients âgés on n’accordait que très peu d’attention à la souffrance psychique des personnes démentes. Dans leur vie, elles ont assumé de nombreux rôles – d’amoureuse à celui de mère et de travailleuse à celui de passionée – qui faisaient leur identité dont la démence les a privées pour les ramener à la seule identité de patient. Cette situation génère beaucoup d’angoisse et de tristesse et demande de faire un véritable travail de deuil.”

Echo

Pour changer les choses, Lara et Lore ont créé les clowns Stoetel et Fizzie Lizzie dans le cadre de leur travail de fin d’études. Et elles ont visé dans le mille : dans la pratique, leur approche s’est avérée se concrétiser exactement comme elles l’avaient pensé en théorie. “Nous avons créé un monde fantastique dans lequel nous redonnons leur identité aux personnes démentes”, dit Lore. “De cette manière, nous participons à l’amélioration de leur qualité de vie et nous représentons une oasis dans la tourmente émotionnelle dans laquelle elles se trouvent. Il y a, par exemple, des résidents qui crient sans arrêt. C’est souvent parce qu’elles souffrent d’une tristesse profonde d’avoir perdu leur identité ou que la situation dans laquelle elles se retrouvent les angoisses. Le plus souvent, ces cris sont considérés comme très pénibles. Nous, au contraire, nous nous en servons comme d’une base pour notre travail. Nous leur proposons un écho à leurs cris de détresse ou une caisse de résonance dans laquelle les déposer. Et cela permet de réduire leurs angoisses, leur sentiment de solitude et leurs inquiétudes.”

Vent frais

Au cours de ces trois dernières années, Lara et Lore ont perfectionné leur thérapie, planifiée avec soin à chaque visite. “Avant d’intervenir, nous recueillons des informations auprès du personnel soignant de sorte à savoir comment stimuler lesrésidents concernés, explique Lara. “Et après la séance, nous organisons une concertation multidisciplinaire, dans laquelle nous donnons des conseils techniques concrets aux soignants, p. ex. pour calmer les résidents agités.” En dehors de son objectif thérapeutique, la présence du duo de clowns apporte aussi un vent frais dans les maisons de soins. “Soyons honnêtes : souvent l’ambiance dans les maisons de soins est plutôt déprimante”, ajoute Lore. “Notre passage permet de faire une pause et ramène le sourire sur les lèvres des résidents et leur procure aussi un moment de détente.”

La recherche confirme l’utilité des ‘elder-clowns’

Les bonnes expériences accumulées dans la pratique avec ce qu’on appelle l’elder-clowning sont aujourd’hui confirmées par une récente étude scientifique internationale dont il ressort, entre autres, que ce type de thérapie améliore la qualité de vie des personnes démentes et permet de réduire les symptômes psychologiques de la démence modérée à sévère.

Source : Elder-Clowning in Long-Term Dementia Care: Results of a Pilot Study. J Am Geriatr Soc. 2016 Feb;64(2):347-53. doi: 10.1111/jgs.13941.

Ateliers

Aux Pays-Bas aussi, des clowns proposent des activités thérapeutiques aux personnes démentes. Malgré les différences dans leurs approches, selon les Demiclowns, la base est en tout cas très certainement là pour entamer une collaboration avec ces CareClowns. “Nous avons tout à apprendre et à gagner les uns des autres ”, dit Lara, qui, avec sa collègue, aide aussi les proches des personnes démentes. “Nous organisons, par exemple, des ateliers destinés aux soignants en formation, mais aussi aux aidants proches. Par le biais du théâtre et de jeux, nous leur donnons des conseils et des repères et nous leur permettons d’échanger leur vécu avec d’autres personnes qui vivent des situations similaires. Pour les aidants proches de personnes démentes la charge psychologique est aussi importante et grâce à notre expertise, nous pouvons les soutenir et les aider à mieux la gérer.”

Pour de plus amples informations sur les Demiclowns, vous pouvez vous rendre sur www.demiclowns.be.

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